Ghislaine-Wettstein-Badour_5096Dr Ghislaine Wettstein Badour (1)

Il est  très intéressant de savoir comment se prépare l’apprentissage de la lecture. Cet article vient compléter celui « des pré-requis de la lecture« , qui expose les pré-requis  psycho-moteurs. Ici, nous allons parler des pré-requis langagiers, absolument indispensables, et très clairement exposés par le Dr Wettstein Badour.

Je vais tenter, dans le présent article, de démontrer que la pensée très pertinente du Dr Wettstein- Badour correspond aux grands principes de la Pédagogie Jean qui Rit. C’est le propre des grandes idées de se retrouver sur l’essentiel.

1) Faciliter l’apprentissage du langage oral.

Il est très important de bien apprendre à parler et à bien prononcer. Bien que ce ne soit pas le rôle propre de la Pédagogie Jean qui Rit, il me parait essentiel de rappeler que « dès la naissance, il faut instaurer avec l’enfant un contact verbal intense »(p.29). Il faut parler à l’enfant sur un rythme modéré, et en articulant bien, ce qui l’aidera à bien entendre les sons, et nommer les personnes, les animaux et les objets de manière correcte. En parlant avec l’enfant, celui-ci apprend à formuler sa pensée. C’est par la parole que l’homme peut exprimer ce qu’il pense, même si cette parole trahit parfois sa pensée, mais c’est un autre débat!

2) Exercices facilitant cet apprentissage du langage oral.

  •  apprendre à écouter et à entendre (p.34)

Les exercices proposés ici sont exactement ceux de la minute de silence chez Jean qui Rit: on fait silence pour écouter les bruits du jardin, de la rue, de la maison…puis l’enfant raconte ce qu’il a entendu. Cet exercice d’écoute a par ailleurs un effet bénéfique sur la concentration, le contrôle de soi.

Un autre exercice rejoint les exercices vocaux de la Pédagogie Jean qui Rit, l’enfant découvre les sons, leur hauteur, leur intensité, leur durée.

Madame Wettstein-Badour propose également  aux enfants de faire reproduire des rythmes, en frappant dans les mains ou dans un tambourin : nous sommes au cœur des exercices au coussin de sable.

Enfin, elle propose d’apprendre aux enfants à écouter et reproduire de petites chansons, et là, nous retrouvons nos chants et gestes.(p.36)

La richesse de la Pédagogie Jean qui Rit est de faire un « tout » construit et cohérent de cet ensemble de propositions : une leçon JQR propose du silence, du rythme, des exercices vocaux, du vocabulaire et du chant.

  •  apprendre à écouter et à reproduire les sons de la langue orale.

On notera que nous n’avons pas encore commencé l’apprentissage de la lecture à proprement parler. La pédagogie Jean qui Rit a en effet cette particularité qui la rend unique, à savoir de commencer en maternelle pour se terminer en fin de CP ou au cours du CE1, quand l’enfant est complètement à l’aise en lecture et en écriture.

Il s’agit de faire entendre dans les mots les sons de notre langue: « dites-moi des mots où l’on entend « i », où l’on entend « a », où l’on entend « o » (il s’agit d’un exercice purement oral, on n’aborde pas les différentes formes d’écriture du son, mais juste le son, on ne montre pas de mot écrit).  Ou bien: « est-ce que dans cerise j’entends le son « i », le son « a »?

On prend aussi le temps d’apprendre à bien les prononcer. Madame Wettstein-Badour propose une description détaillée du « comment on dit le son »: place de la langue, position des lèvres…(pages 39 à 45). Il est important de faire dire le son et non le nom de la lettre: on dit ‘l’ et non pas « el ». On découvre alors qu’il y a plus de phonèmes que de lettres de l’alphabet: « ch », « an », « ou », « in », « on », « gn », « ill », « oin ». L’enfant doit savoir les entendre et savoir les prononcer correctement. « Aucun apprentissage de la lecture et de l’écriture n’est possible sans cette capacité d’entendre et de reproduire tous les sons contenus dans un mot ».(p.47)  Il s’agit donc de prendre chaque jour quelques minutes sous forme de jeu pour découvrir un nouveau phonème, savoir l’entendre, savoir le dire, et apprendre à le prononcer et le reconnaître dans le vocabulaire connu de l’enfant.

Si un phonème pose un problème, ne pas hésiter à y revenir, jusqu’à son acquisition complète.

3) Le développement du graphisme et la latéralisation.

Le graphisme précède l’écriture et nous renseigne sur le développement psychomoteur de l’enfant. Le Dr Wettstein Badour nous rappelle l’importance de ce graphisme qui prépare l’écriture. Elle nous précise que le dessin libre, qui nous renseigne sur le développement du schéma corporel, fait appel au cerveau droit, « le cerveau de l’image », tandis que le graphisme abstrait préparant l’écriture des lettres fait appel au cerveau gauche, « le cerveau de la lecture ». Les familiers de la Pédagogie Jean qui Rit connaissent bien les chants et gestes et leur graphisme préparant à la future écriture des lettres. L’avantage considérable de la Pédagogie Jean qui Rit est de proposer ce graphisme « en grand », « dans l’espace », avant d’apprendre à le tracer dans un cahier. Et nous n’oublierons pas lors des premiers graphismes écrits ou lors du dessin libre de bien apprendre à l’enfant comment il faut tenir cet outil qui s’appelle « un crayon » (Voir l’article « la tenue du crayon »). Là aussi, les conseils de Mme Wettstein- Badour rejoignent l’enseignement de Jean qui Rit (p. 77).

Quant à la latéralisation, la Pédagogie Jean qui Rit a la sagesse de proposer tous les exercices « main droite », « main gauche », puis les « deux mains ensemble ». Cela laisse le temps à chacun de trouver quelle est sa main « préférée ». On pourra consulter les articles au sujet de Madame Bugnet, qui fut celle qui a transmis ce choix pédagogique à Jean qui Rit.

Le Dr Wettstein Badour rappelle par ailleurs l’importance de la prise de conscience du corps et de l’organisation de l’espace (p. 68) et propose activités motrices et exercices graphiques. La répétition des exercices d’orientation de la Pédagogie Jean qui Rit répond à cette attente, ainsi que les chants et gestes et exercices au coussin de sable qu’il faut veiller à faire avec précision. On pourra ajouter quelques exercices Vittoz si besoin, pour la prise de conscience du corps, ainsi que des exercices avec les boîtes de « jeux de lecture » de chez Nathan, boîtes très difficiles à trouver et dont nous pouvons vous fournir les fiches sur simple demande (onglet « contact »).

Voilà comment nous avons préparé l’enfant à aborder l’apprentissage proprement dit de la lecture. Sortir maintenant les cartes de la phonomimie est une suite logique, la leçon de lecture de chaque phonème trouvera écho dans le travail antérieur, auquel s’ajoute maintenant la découverte du signe graphique qui correspond au son.

Madame Wettstein Badour a elle-même mis au point une méthode de lecture syllabique basée sur l’apprentissage du phonème. (Méthode FRANSYA)


(1) Le Dr Ghislaine WETTSTEIN-BADOUR (1939-2010) est un médecin généraliste qui a passé une bonne partie de sa carrière à accompagner des enfants en difficulté d’apprentissage scolaire, et a écrit plusieurs ouvrages sur l’apprentissage de l’écriture et de la lecture.

Les citations proviennent du livre: « Bien parler, bien lire, bien écrire » – Dr Ghislaine Wettstein-Badour – Editions Eyrolles – 2006