samuel triangle

André Dehant, Docteur en Sciences de l’éducation de l’Université de Louvain, se lançant dans son travail titanesque d’étude comparative des différentes méthodes d’apprentissage de la lecture, dans les années 60 à Bruxelles (1), voulut constituer des groupes homogènes d’enfants pour chaque méthode. Il lui fallut donc dans cet objectif déterminer des critères qui font qu’une même tranche d’âge a les mêmes « atouts » en main pour commencer cet apprentissage. Voilà qui est très intéressant, que l’on soit parent, enseignant, ou les deux!

Son étude est extrêmement pointue, les enfants ont tous passé un certain nombre de tests -une bonne douzaine!- pour vérifier que sur la ligne de départ de l’étude, tout le monde était ‘à égalité’. En effet, comment affirmer qu’une méthode fonctionne moins bien, si le groupe qui l’a utilisée est déjà en difficulté avant de commencer?

Je reprends donc les grandes lignes de cette étude, pour nourrir notre réflexion personnelle quant aux prérequis de la lecture chez les enfants, sans entrer dans une étude trop technique (2).

Les tests portèrent donc sur :

  • la maturité de l’enfant

Les aptitudes verbale, perceptive, spatiale et motrice sont essentielles pour aborder l’apprentissage de la lecture : capacité à comprendre les mots à l’oral pour pouvoir les comprendre à l’écrit; compétences perceptives, déterminantes pour la future rapidité de lecture; la motricité, aspect essentiel du développement de l’enfant dont nous parlons très souvent, perfectionne la coordination oculomotrice.

  • la détermination de la latéralité

détermination de la main préférée, dominance oculaire, du pied, de l’oreille, sens du regard. André Dehant pense que le test des cartes est celui qui détermine le mieux la latéralité : l’enfant distribue 22 cartes avec une main, puis avec l’autre main. On note le temps et la meilleure coordination  motrice, ce test étant celui qui  subit le moins l’influence du milieu.

distribue cartes

  • la détermination de la discrimination visuelle

par des tests comportant des figures inversées ou non, ce que l’on trouve dans les boîtes Nathan de jeux de pré-lecture (L92) ou de préparation à la lecture (L90). Ce sont des boîtes anciennes, mais à ma connaissance Nathan ne propose plus d’atelier de préparation à la lecture.

jeux de prélecture nathan           préparation à la lecture nathan

Pour les personnes intéressées, il est possible via l’onglet  « contact » de demander les fiches de ces boites absolument introuvables, en indiquant votre adresse mail bien sûr.

  • une épreuve de rythme

A. Dehant note que c’est le rythme qui présente la plus haute corrélation avec la lecture. L’épreuve consiste à déterminer le tempo spontané de l’enfant, et lui faire reproduire des structures rythmiques.

samuel triangle

  • épreuves de notions temporelles

quel jour, quel mois sommes-nous, le midi, est-ce avant ou après le matin, questions sur hier, demain…

calendrier 2

 

on peut utiliser ce genre de calendrier pour aider l’enfant à se repérer dans le temps (attention à ne pas mettre l’enfant devant des mots inconnus, il s’agit de verbaliser, pas de lire!)

 

 

  • des tests d’orientation dans l’espace

on y retrouve nos exercices d’orientation : en haut, en bas, devant, derrière…

exercice-dorientation    exercices d'orientation 2

  • un examen du schéma corporel

position du corps dans l’espace, reproduire l’attitude présentée sur une image : transposition visuelle du schéma corporel.

schema corporel

  • une analyse du langage

Il s’agit d’un test de vocabulaire, avec des contraires à trouver, des mots manquants, des métiers à trouver, des matières, des couleurs, des verbes. Avec un vocabulaire pauvre, un enfant pourra difficilement donner du sens à sa lecture.

  • un test sur des images absurdes

permet d’analyser le jugement de l’enfant : ‘un mouton, ça n’a pas 5 pattes!’

image absurde

  • un examen médical de la vue et de l’ouïe

examen vue         ecouteurs

 

Voilà de bonnes pistes de travail pour tous ceux qui se soucient d’apprendre à lire aux enfants : on constate que cet apprentissage doit être précédé en amont d’un vrai « travail » avec les enfants pour développer leurs compétences motrices, langagières, logiques, phonologiques, rythmiques.

C’est exactement ce à quoi s’emploient  les chants et gestes Jean qui Rit.


(1) Étude expérimentale des méthodes d’apprentissage de la lecture, par André DEHANT  – Librairie universitaire de Louvain – 1968

(2) Cet article ne vous présente que le travail de préparation à l’étude expérimentale des méthodes d’apprentissage de la lecture. Un autre article tentera de vous en faire une brève présentation, ainsi qu’une présentation des conclusions de André Dehant.