Voilà bien un mot nouveau pour qui débute la pédagogie Jean qui Rit:

la « PHONOMIMIE »!

Mot littéralement inventé par son concepteur, Augustin Grosselin (1800-1870), qu’il explicitait par « mimique du son« .

Qu’est-ce que le ‘phonème’: le Larousse nous dit;  » son d’une langue, défini par les propriétés distinctives qui l’opposent aux autres sons de cette langue. » C’est donc la plus petite entité de son produit pour parler une langue. C’est en combinant les phonèmes que l’on fabrique les syllabes , puis les mots, puis les phrases. Il s’agit bien de sons, et donc de langue orale. C’est pourquoi la pédagogie Jean qui Rit prépare l’apprentissage de la lecture par les ‘Chants et gestes’, qui permettent la découverte et la bonne prononciation de ces phonèmes.

La phonomimie créée par Augustin Grosselin, reprise par Jean qui Rit,  comporte 33 phonèmes, chacun de ces phonèmes étant composé de 3 éléments:

  1. la lettre écrite (minuscule, majuscule, cursive et imprimerie).
  2. la photo ou l’image du geste (les voyelles sont des filles, les consonnes des garçons, ce qui permet une différenciation plus aisée à mémoriser). Les digrammes on, an, en, in, un, ou, au, eu, oi sont compris dans les voyelles.
  3. l’histoire ou mise en scène du geste, dont le « héros » porte un prénom commençant par ce phonème, ou le contenant quand il n’y a pas de prénom commençant par le phonème.

Le 1° fait appel à la mémoire visuelle: je vois la lettre, son écriture, sa forme.

Le 2° fait appel aux mémoires kinesthésique et auditive: je fais le geste en disant le phonème représenté par la lettre.

Le 3° fait appel à la mémoire affective: c’est un enfant qui s’appelle un tel à qui il arrive les mêmes choses qu’à moi.

C’est cette synergie de toutes les mémoires de l’apprenant qui assure la réussite et la solidité de l’apprentissage. Les cartes de phonomimie déjà apprises restent affichées, permettant un coup d’œil si besoin est pour se remémorer qui la lettre, qui le geste, qui le son…

La pédagogie Jean qui Rit est la seule à restituer sans modifications le travail d’Augustin Grosselin, même si d’autres méthodes disent s’en inspirer.

On peut ajuster la phonomimie à son auditoire, en partant toujours du phonème (qui est fixé par la langue elle-même et n’est pas modifiable). On peut adapter le prénom (respecter la distinction filles-garçons, voyelles-consonne), ou adapter l’histoire, ou adapter le geste en fonction de la culture du pays.

Dans un souci de simplification, et parce que très fluctuante selon les régions, la pédagogie Jean qui Rit n’a pas retenu la distinction de phonème entre le « o » ouvert et le « o » fermé comme dans « pot » et « molle » ou en les différentes prononciations du « e » comme dans « peu » et « peur », ainsi que les phonèmes provenant de consonance étrangère.

L’adaptation peut revêtir d’autres formes: pour les jeunes élèves de Tunis qui apprennent le ‘français langue étrangère’ avec Jean qui Rit, la maîtresse présente d’abord plusieurs cartes pour fixer le vocabulaire de l’histoire du phonème:

Exemple: pour le phonème « A » (voir histoire au dos de la carte de phonomimie), la maîtresse présente une image qui représente Anna, puis une autre, la maman, puis une 3è: le gâteau d’anniversaire. Chaque carte de phonomimie est ainsi détaillée :

(photos de la classe de CP de l’école des Maristes à Tunis)

Grosselin appelle la consonne « l’articulation », le son étant donné par la voyelle. Une syllabe, c’est une articulation+une voyelle, émises ensemble.

« Lorsqu’on veut former une syllabe, il ne faut pas énoncer l’articulation en faisant le geste qui y correspond, il faut seulement la préparer, c’est à dire se disposer à l’émettre, et au second qui représente le son, il faut réunir l’un et l’autre dans une seule émission de voix » (Marie Pape-Carpentier, 1893)

A son insu, Grosselin a permis par sa phonomimie à des enfants sourds d’entrer dans la lecture, c’est donc le support visuel et gestuel qui faisait le lien avec les « entendants ». Lorsque Grosselin comprit cette ouverture vers les malentendants, il y consacra une bonne partie de sa vie. La Médaille d’or qu’il reçut à l’exposition universelle de 1867 couronne cette  partie de son travail envers les enfants sourds.

La représentation de la phonomimie a évolué avec le temps: les dessins à la plume de l’époque de Grosselin ont été remplacés par des dessins noir et blanc, puis par des planches bicolores; actuellement, ce sont des photos d’enfants. En Afrique, la phonomimie est représentée par des enfants africains, en Amérique Latine, par des Latino-Américains… Les prénoms ont parfois changé au fil des modes, mais les principes de base restent absolument inchangés et sont d’une modernité incroyable!

Voilà ci-dessus un exemple de l’évolution, le geste est inchangé.

jean qui rit portugal                guyaquil4              phonomimie afrique A

Portugal                        Equateur                         Gabon

Sources:

Petit Larousse – encyclopédie Wikipédia

Rapport du jury international de l’Exposition Universelle -classe 89 et 90 : Matériel et Méthodes de l’enseignement des Enfants Tome 13è Groupe X  – Archives du CNAM

Phonomimies « Jean qui Rit »

Enseignement de la lecture à l’aide du procédé phonomimique, par Marie Pape-Carpentier 1893

Grosselin-médaille1
Médaille de Laugier, 1870