Marie-Brigitte LEMAIRE, conceptrice de la Pédagogie Jean qui Rit, connaissant l’importance du geste dans les apprentissages grâce aux conseils du Père JOUSSE (voir onglet sur les récitatifs bibliques), eut l’opportunité d’aller se former en Hollande auprès de Mademoiselle Boon, première institutrice qui appliqua les principes de Madame Bugnet. Elle en rapportera un ‘gros bagage’ pour Jean qui Rit!

Th202a_Bugnet_-_copie        Qui est donc Madame Bugnet?

Théa van der Voort nait le 28 août 1887 à Tilbourg en Hollande. Elle deviendra Madame Bugnet par son mariage avec un officier français, Charles BUGNET (1884-1955), qui fut officier d’ordonnance du Maréchal FOCH.

Pendant la guerre de 14-18, elle s’engage comme infirmière auprès des blessés de la Grande Guerre. En voulant soigner leurs souffrances, elle découvre l’importance de la détente musculaire dans le traitement de la douleur. Après la guerre, en autodidacte, elle cherche à appliquer cette méthode auprès des enfants qu’elle trouve très crispés et tendus lors de l’apprentissage de l’écriture notamment. Elle apprend l’anatomie, la physiologie, se forme auprès du Dr Postma, neuropsychiatre à Zeist, et rencontre Madame Gasque, une Américaine qui veut appliquer la relaxation à l’enfant. Elle comprend alors qu’en améliorant la motricité, on améliore aussi l’expression et l’unité corps-esprit.

Elle va alors créer une méthode gestuelle qui sera expérimentée en France dans une école à Cannes, et dans une école à Bréda en Hollande à partir de 1947, dans la classe de Mademoiselle Annie Boon. Cette  école existe toujours: http://www.centrumlebondepart.nl

Pour libérer l’ensemble des muscles et favoriser la mise en place du schéma corporel, elle compose un ensemble de gestes basés sur des figures géométriques que l’enfant reproduit en rythme, ces gestes ayant pour support musical des comptines créées par son mari, Monsieur Bugnet.

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Exemple de graphisme « le Bon Départ »

Madame Bugnet est décédée le 21 mai 1951, à l’âge de 64 ans. Sa fille Madeleine Curtat-Bugnet favorisera la diffusion de la Méthode par la ‘Société des Amis de Madame Bugnet-van der Voort’, puis l’Association ‘le Bon Départ’ avec l’aide de Simone Pailla.

Le principe fondamental est qu’il faut apprendre à l’enfant, à partir d’un geste large, exécuté par le jeu et sans crispation, à aboutir au geste minuscule de l’écriture sur le cahier.

En France, à Paris, Denise Koechlin et d’autres contribueront à l’approfondissement et l’extension de la méthode. Madame Gasque réalisera un film qui contribuera à faire connaitre le travail de Théa Bugnet. L’Association « Bon Départ » assurera des stages de formation jusqu’en 1975. En 1961 sera créé le Certificat de Psychomotricité à l’Hôpital de la Pitié Salpétrière, et Denise Koechlin continuera seule la diffusion de la méthode jusqu’en 1990, puis l’Association ‘le Bon Départ’ cessera son activité. En 1996, Madame Arlette Mucchielli (créatrice et responsable de la section Sciences de l’Education à l’université de Nice) reprendra le flambeau pour continuer et moderniser la méthode, sous le nom de OUROS. Les stages de formation ont eu lieu jusqu’en 2010.

La méthode comporte 4 genres d’exercices:

  1. des exercices de rythme pour faire bouger le corps sur des comptines
  2. des graphiques préparant à la lecture et à l’écriture
  3. des exercices de motricité fine, au coussin de sable, préparatoires à l’écriture
  4. des exercices complémentaires pour les yeux et de la relaxation

Pour ceux et celles qui seraient intéressés par cette méthode, je les invite à lire le livre de Madame Mucchielli: « Prévention et traitement des troubles scolaires de l’apprentissage, avec OUROS, méthode neuro-psychomotrice » Edition ‘L’Harmattan’- 2001

Mon propos est de voir comment la Pédagogie Jean qui Rit a profité des travaux de Madame Bugnet. En effet, de nombreux principes du ‘Bon Départ’ sont présents chez Jean qui Rit.

Voilà ce que Jean qui Rit a reçu du ‘Bon Départ’, que n’importe quel  utilisateur de JQR reconnaîtra pour le pratiquer tous les jours:

  • travail main droite, main gauche, deux mains ensembles
  • travail en grand dans l’espace
  • modèle au tableau
  • une main dans le dos quand l’autre travaille, pour une bonne posture
  • travail en miroir
  • façon de poser l’index main ouverte pour le tracé au tableau ou sur la table
  • représentation mentale du tracé sur la table (le Bon Départ ajoute une représentation sur la table en suivant un tracé de grande taille)
  • apprendre la chanson avant de la gestuer
  • alphabet chanté et gestué
  • travail debout puis assis
  • écriture main droite -main gauche sans musique (chanter dans sa tête, représentation mentale). Chez ‘le Bon Départ’, la page de gauche sert à l’écriture de la main gauche, la page de droite à l’écriture de la main droite. En cas de difficulté, on reprend le chant et le rythme.
  • toujours quelques enfants au tableau côte à côte pour suivre puis écrire le graphisme ou la lettre. Au ‘Bon Départ’, l’interligne au tableau est de 15cm.
  • le coussin de sable

Cependant, la Pédagogie Jean qui Rit n’utilise pas les comptines élaborées par Monsieur Bugnet. Pragmatique, Marie Brigitte LEMAIRE eut l’idée d’utiliser les comptines du répertoire de la tradition française, craignant de devoir payer des droits d’auteur en utilisant les comptines du Bon Départ. En utilisant celles de la tradition française, il lui manquait juste une gestuelle adaptée, qui fut réalisée par une institutrice du Bon Départ, Madame Nettie Keulaars, à qui nous devons les gestes de nos deux livrets de chants et gestes. Je tiens de la bouche de Marie-Brigitte Lemaire que Nettie Keulaars avait une formation Ward.

Les chants et gestes Jean qui Rit sont donc également influencés par la méthode Ward, ce qui est un apport non négligeable quant à la représentation du rythme; pour faire court, on pourrait dire que chez Jean qui Rit, on a adapté les principes du rythme libre du plain-chant grégorien aux comptines enfantines. Cela donne une gestuelle qui respecte le levé-posé de toute cellule rythmique, contrairement aux gestes du ‘Bon Départ’ qui sont plus ‘carrés’.

Il est cependant très intéressant d’étudier la psychomotricité du Bon Départ quand on est face à des enfants qui rencontrent des difficultés motrices. On peut trouver tous les documents sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale: « les Méthodes Théa Bugnet Le Bon Départ- le livre du maître » (référence 4°V18893), ainsi qu’un CD publiant les partitions des comptines de Monsieur Bugnet.

Il est aussi très intéressant de connaitre l’apport de la psychomotricité pour s’en inspirer dans notre pratique éducative quotidienne.

Un autre article  -celui-ci étant déjà très long-  présentera tous les exercices au coussin de sable proposés par Madame Bugnet. La Pédagogie Jean qui Rit reprend aussi le travail au coussin de sable, mais de manière moins développée.

« Chez les élèves de la classe d’Annie Boon qui ont bénéficié de la méthode, on ne rencontre aucun échec dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ».

(op. cit. ci-dessus p.26)

Voilà qui devrait intéresser nos professeurs des écoles!